Les entreprises souhaitent-elles réellement mettre leur histoire au coeur de la stratégie ?

Interview de Christine Carbonnel  3/3

Pour le livre blanc de l’AFCI (Association française de communication interne) “Mémoire des organisations et communication interne”, nous avons mené des entretiens avec une trentaine d’entreprises. À peu près le même nombre de personnes ne souhaite pas, au contraire, communiquer autour de ce sujet. Il y en a beaucoup pour qui le passé, l’histoire de l’entreprise n’est pas évidente à gérer. L’histoire peut être un handicap pour certaines sociétés, lorsqu’elle est difficile à affronter. Mais on peut toujours rebondir, quel que soit la teneur de son passé !

Certains sont en réflexion sur le sujet et souhaitent attendre un certain degré de maturité pour pouvoir communiquer. D’autres pensent que l’histoire n’est pas un axe stratégique pour leur entreprise. Les positions sont dans tous les cas très tranchées, et comme je l’évoquais tout à l’heure, l’important est de réussir à convaincre. Mais le rapport à l’histoire est subjectif, sensible : si l’interlocuteur n’a pas une première sensibilité pour le sujet, c’est difficile à faire accepter. On retrouve plus facilement cette sensibilité dans les entreprises familiales, mais ce n’est pas une condition sine qua non pour que l’entreprise prenne conscience des enjeux stratégiques de son histoire.

 

Pourquoi ces positions si tranchées ? Comment expliquer que certaines personnes ne voient pas l’intérêt de l’histoire pour l’entreprise ? Quels sont les freins ?

Le frein principal, c’est la conviction, cette sensibilité que l’on va porter ou non au projet de l’histoire de l’entreprise, comprendre les enjeux de son utilisation.

Il y a aussi des freins pragmatiques, même s’ils sont moins forts. Souvent, on pense qu’on n’a rien pour faire parler l’histoire, qu’il n’y a pas de sources. Ce sont des entreprises sans services d’archives qui pensent manquer de preuves. Et c’est vrai que c’est difficile de communiquer sur l’histoire si celle-ci n’est pas constituée. Lorsque le service communication s’empare d’un projet de valorisation de l’histoire de l’entreprise, c’est très bien, mais s’il n’y a pas d’archives constituées, une stratégie de préservation, le projet n’est pas tenable à long terme : comment faire pour réalimenter le discours ? Pour une exposition, un musée, il faut des preuves tangibles, de la matière.

Mais avec un travail d’investigation qui peut être conduit par des sociétés externes, des archivistes ou en interne, on y arrive. Il faut interroger les salariés, raviver leurs souvenirs, solliciter d’anciens clients, et ne pas négliger les ressources externes comme les agences de publicité par exemple, car on y trouve souvent des pistes (publicités, reportages télé, affiches..). Je suis persuadée que toute entreprise peut retrouver des preuves de son histoire même si elle pense ne pas les avoir conservées. Mais pour que cela fonctionne, il faut entretenir un discours permanent entre les gens qui utilisent l’histoire, et ceux qui la constituent : archivistes, documentalistes…

 

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui débutent dans l’utilisation de leur histoire?

Il faut rester modeste ! Commencer petit et ne pas se lancer dans des projets grandiloquents qui demandent beaucoup de moyens financiers et humains. Avec des projets modestes, les résultats sont visibles rapidement, et cela peut apporter des solutions concrètes immédiates pour commencer à mettre en place pas à pas certains process dans l’entreprise pour sauvegarder, créer un centre de ressources, identifier les personnes ressources, etc. Tout le monde n’est pas St Gobain !

 

Laurence Robineau

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *